Jetez-nous en prison, nous continuerons à vous aimer… Mais ne vous y trompez pas, par notre capacité à souffrir nous vous aurons à l’usure, un jour nous gagnerons notre liberté. Non seulement nous gagnerons la liberté pour nous-mêmes, mais ce faisant nous en appellerons à votre coeur et à votre conscience et ainsi nous vous gagnerons aussi et notre victoire sur double ».

Martin Luther King

Nous sommes aux États-Unis dans les années soixante encore en pleine ségrégation, le jeune Elwood Curtis est un jeune afro-américain, il vit avec sa grand-mère Harriet dans la ville de Tallahassee en Floride. Abandonné par ses parents, Curtis garde l’espoir de jours heureux en écoutant les vinyles de son idole : Martin Luther King. C’est un jeune homme droit, bon élève, idéaliste et bien élevé. Son rêve ? Fouler le sol de l’université et entreprendre de longues études. Après tout, il est doué et il y croit ! Malheureusement, (et comme très souvent à cette époque) il se voit victime d’une erreur judiciaire qui stoppe net ses projets. Il est envoyé en Floride dans une maison de correction pour mineur : la Nickel Academy.

Sous ces airs de belle institution aux façades propre, cet établissement cache de terribles secrets : corruption généralisée, sévices, tortures, meurtre et viols sur ses jeunes pensionnaires… et quand on a la peau de couleur noire le traitement est le pire de tous. À la Nickel Academy, tu sais quand tu y entre, mais jamais quand tu vas en ressortir et surtout de quelles manières. Malgré la violence omniprésente, ce lieu sera la rencontre entre deux adolescents Elwood Curtis et Jack Turner. L’un idéaliste et l’autre fataliste. Mais, l’un comme l’autre ont une colère sourde et une terrible rage de vivre.

Et là ou le roman est encore plus glaçant, c’est lorsque l’on découvre que Colson Whitehead s’est inspiré de la véritable Dozier School for Boys. Cette maison est restée ouverte pendant 111 ans et elle est connue pour avoir utilisé des châtiments corporel, viol, torture et meurtre sur ses jeunes pensionnaires et ce jusqu’en 2011.

Ce roman nous dévoile le destin brisés de ces jeunes hommes noirs, cette soumission rendue presque banale au fil des générations parfois avec quelques notes d’espoir. Encore une fois, l’auteur montre une écriture, habile, intelligente et sans fard sur l’Histoire afro-américaine. Une partie de l’histoire encore une fois cachée qui peut nous faire comprendre la montée de rage actuelle.

Ce livre a reçu le prix Pulitzer, c’est une lecture coup de poing et nécessaire pour ne pas les oublier et pour ne pas oublier que l’homme restera toujours un loup pour l’homme.

Poignant.

Nickel Boys de Colson Whitehead

Edition Albin Michel

Parution : 19 Août 2020

Nous avons tous un rôle à jouer sur terre. Et j’ai bien l’intention de tenir le mien, si minuscule soit-il.

Dans un univers dystopique ou se côtoient habilement Hunger Game, la Servante Ecarlate et sa Majesté des Mouches, « L’Année de grâce »  nous parle d’une société patriarcale qui dicte aux femmes leur moindre faits et gestes.
Nous suivons la jeune Tierney qui est prête à partir pour son année de Grâce. Dans ce monde, toutes les jeunes filles de 16 ans doivent y partir, pour y trouver quoi ? Elles ne savent pas car c’est défendu d’en parler, c’est interdit. Ce qui semble certain, c’est que ces jeunes filles sont vues par leur communauté comme dangereuses, il y aurait une forme de magie qui émanerait d’elle et qu’il faut éradiquer au plus vite durant cette colo pas comme les autres. Euh « colo » ? Pas vraiment, les jeunes adolescentes sont exilées sur une île dans un campement de fortune en pleine nature sauvage ou elles doivent se débrouiller par leur propre moyen. Bon, vous vous dites que ça ne va pas trop leur faire du mal, que c’est juste une petite colo à la Koh Lanta pour leur apprendre à vivre à ces gamines … Seulement dans la forêt, il y a des braconniers qui les attendent pour les chasser comme des biches ! Et comme un concours de TV réalité , celles qui survivent gagnent … à rentrer chez elles et à se plier aux règles de leur société (waouh super comme lot ! )

Bon, vous l’aurez compris, Tierney étouffe dans cette société alors cette année est comme un renouveau pour elle et surtout un espoir. Naïve, elle pense qu’une fois là-bas entre femmes et sans hommes le féminisme et l’entraide triompheront… Bah non et elle en fera l’amère expérience.

Sous fond de critique de notre société et de féminisme, ce roman jeunesse (qui n’en est pas vraiment un) interroge les relations entre femmes et ce besoin de pouvoir qui rôdent depuis des décennies dans notre monde.

Habile, intelligent et addictif, je vous recommande ce roman pour vos longues soirées d’hiver qui finira sans aucun doute sur nos plateformes ou sur la toile !

L’Année de Grâce de Kim Liggett

Edition Casterman

Roman Jeunesse

Parution : 07/10/2020

Chronique du LabO Librairie :

Par le bout du nez d’après « El Electo » de Ramon Madaula, Matthieu Delaporte et Alexandre de la Pattellière.

Edition : L’avant-scène théâtre
Prix : 14 euros

En vente dans notre librairie : https://theatre-luxembourg.com/produit/par-le-bout-du-nez-de-matthieu-delaporte-et-dalexandre-de-la-patelliere

#theatre #rentree #paris Théâtre Antoine François Berléand François-Xavier Demaison

Imaginez les élections présidentielle, la France a élu un nouveau président et celui-ci est pressé par le temps. Dans 1h il devra faire son fameux discours d’investiture.
Malheureusement pour lui (et heureusement pour nous), cet homme est touché par une brutale démangeaison horrible du nez dès qu’il commence à clamer son discours. Son visage change, il fait d’horribles grimaces et il en devient … ridicule. Stressé déjà par sa future fonction et surtout par le regard des médias, des politiciens, des citoyens et du monde entier, cet homme ne sait plus quoi faire pour ne pas perdre sa crédibilité. Alors il consulte un oto-rhino, pensant que c’est une maladie et qu’avec des cachets la sensation disparaîtrait (comme par magie !). Mais le diagnostique tombe, d’après le médecin,son problème n’est pas physique il est psychologique !
Il se voit donc obliger de faire appel à un psychiatre dont les compétences ne sont plus à prouver alors que celui-ci rejette tout ce qu’il touche de près ou de loin à la psychanalyse. Malgré tout, le temps est compté et ils n’ont qu’une heure pour trouver LA solution pour que ce président ne passe pas pour un crétin devant la France entière. Outre la méfiance, le président se voit obliger de faire confiance et de s’allonger pour sauver son honneur. Alors, il se confie, il partage son enfance et les secrets difficiles refont surface.
Mais qui aura le dernier mot entre ces deux hommes empreints de pouvoir et d’une sacré joute verbale ?
Cette adaptation espagnole est signée des deux auteurs du Prénom, vous ne retrouverez peut être pas le même rythme et la même générosité au niveau du texte mais j’ai passé un agréable moment à lire cette séance psy. Le texte est drôle, bien écrit, les personnages sont bien dessinés et attachants, malgré quelques petites longueurs parfois ici ou là. La pièce sera représentée au Théâtre Antoine du 8 septembre au 31 décembre 2020 à Paris campé par les excellents François-Xavier de Maison pour le rôle du Président et François Berléand dans le rôle du psychiatre, un joli duo qui apportera sans doute plus de rythme à ce texte manquant parfois un peu de pep’s.

A lire pour se divertir au bord de la piscine ou à aller applaudir à la rentrée.





Coup de cœur LabO Librairie
L’improvisation ne s’improvise pas d’Alain Knapp

Edition Actes Sud
Prix : 20 euros
En vente dans notre librairie : https://theatre-luxembourg.com/produit/limprovisation-ne-simprovise-pas-de-alain-knapp/

#theatre #improvisation #methode

Ce livre est à la fois un recueil d’entretiens détaillés sur la pratique de l’improvisation et un livre-méthode ou Alain Knapp nous donne les clés de l’improvisation libre et créative. Pour lui, nous sommes toutes et tous des improvisatrices ou des improvisateurs dès l’enfance. Enfant, nous adorions nous raconter des histoires, nous déguiser et devenir à un claquement de doigts une nouvelle personnalité fictive. Alain Knapp parle de « théâtralité primitive »… Mais alors , il semblerait que l’improvisation serait quelque chose de innée et qu’il n’existerait pas de technique particulière ? Que nenni, si nous restons dans cette « théâtralité primitive », nous fermons l’accès à la « théâtralité artistique » et les spectateurs ne croiront pas en nos histoires. Le jeu pour le jeu n’est pas la solution, il faut quitter cette forme de jeu narcissique ou arrêter de se regarder trop le nombril et cesser le cabotinage pour aller vers l’art.
L’art, c’est vers cette forme qu’ Alain Knapp nous embarque, grâce à sa méthode et ses exercices, l’acteur improvisateur peut acquérir une technique et libérer toute son expression artistique.
La plupart de ses exercices sont ponctués de contraintes simples afin de devenir créatif. Par exemple, il donne l’exercice de la porte. Nous devons aller chez quelqu’un mais la porte reste close. Alors que faire, si l’improvisateur ne fait que sonner, constater l’absence et partir, cet exercice n’a pas de sens. Alors que s’il casse la porte, ou s’il l’explore, ou s’il se demande dans quel lieu il est, il créait un début de proposition et là , il y a jeu.
C’est vraiment un livre intéressant parfois un peu intellectuel (c’est un universitaire) mais tout de même accessible. Au niveau des exercices, il y a beaucoup de poésie du quotidien dans la plupart qui partent de situation et de contraintes simples. Vous pouvez vraiment, vous amuser et vous approprier les exercices. Ce livre n’est pas que pour les improvisatrices et improvisateurs, les clowns, comédiens et marionnettistes pourront trouver de la matière. Chacun sa route et chacun son chemin dans le monde de l’improvisation !
Alors comme le dit Alain Knapp : Servez-vous et amusez-vous !






COUP DE CŒUR DU LabO Librairie

Normalito de Pauline Sales
Edition Les Solitaires Intempestifs
13 euros
En vente dans notre librairie : https://theatre-luxembourg.com/produit/normalito-suivi-de-et-puis-on-a-saute-de-pauline-sales

Lucas, 9ans, souffre de ne pas être un enfant singulier. Il n’est pas HP (comme sa mère aimerait), il n’a pas d’handicap, il n’a pas les troubles du dys, il ne vient pas d’un pays en guerre, il est blanc, il est dans la moyenne niveau intelligence, ni trop bon, ni trop mauvais … il est juste normal. Un jour, sa maîtresse d’école leur demande comme exercice d’imaginer un Super-héros. Lucas sera Normalito, le Super-héros qui rend les gens normaux ! Car il juge que dans sa classe, il y a de moins en moins d’enfants normaux, il se sent oublié … Alors il se durcit et il se met en colère pour faire entendre ses idées pour qu’on l’écoute … , il hurle, il met le bazar, il crie … mais personne ne veut vraiment le comprendre à part la petite Iris, l’enfant zèbre, qui aimerait tant être normale. Drôle de duo qui commence à naître alors que tous les opposent. Deux familles, deux univers, deux mondes, deux manières de vivre, laquelle est la plus normale ? Est-ce bien « normal » de se sentir mieux chez les autres que chez soi ? La communication étant rompue entre les enfants et les parents, les enfants partiront et ils rencontreront Lina, la Dame-monsieur pipi de la gare. Lina, elle, elle ne juge pas, elle écoute.
Cette fable contemporaine aborde la tolérance, l’empathie et elle met en lumière cette peur de l’autre, cet autre que nous ne voulons pas comprendre. Le texte est rythmé, intelligent et terriblement touchant.
Un joli texte jeunesse à découvrir.






« Quand les poules commencent à se battre, quand elles sont vraiment à fond, elles peuvent aller jusqu’au sang et c’est là qu’il faut faire vraiment attention. Parce que si elles voient du sang, les autres poules, elles se transforment en meurtrières. Elles se mettent à donner des coups de bec pour faire couler plus de sang, encore et encore. On est obligé de les asperger de spray antiseptique violet pour qu’elles voient pas le rouge du sang, sinon elles tueront la poule à coups de becs. Je sais pas pourquoi. Mais je crois qu’une poule vulnérable met tout le groupe en danger. Un truc dans le genre. »

L‘intrigue de ce texte intelligent et bouleversant pourrait être résumé avec cette citation qui apparaît au début du texte d‘Evan Placey. Ce groupe de petite filles, d‘adolescentes et de femmes qui se battent, qui se jugent et se détruisent. Scarlett est cette “poule vulnérable” qui est jugée depuis l‘enfance. Cette fille qui ne rentre pas dans les cases de “Ces filles-là“.

Scarlett fait partie des vingt filles de l‘école prestigieuse de Sainte Hélène, elle partage la vie de ses filles depuis ses cinq ans. Des filles toutes différentes, n‘ayant pas le même statut sociale et n‘habitant pas le même quartier. Des filles qui ne seraient pas adressées la parole dans une cour de récréation mixte ou dans la rue. Ces filles vont passer huit ans de leurs vies ensemble à se connaitre, se détester, se rabibocher, s‘aimer comme des sœurs. Entre elles, on pourrait croire que c‘est un peu à la vie à la mort. Mais non …

« A Sainte Hélène, on est des petites filles civilisées. Nous les humains, on est bien plus intelligents que les poules. On a pas besoin de se battre. On le connait, l‘ordre hiérarchique. »

Cet ordre qui est injuste, abusif, idiot et qui ne justifie absolument rien. «Scarlett est en bas, c‘est tout.»

Au fil du texte, nous assistons à cette exclusion progressive de Scarlett, nous nous sentons impuissants et nous espérons que l‘une de ses camarades réagissent. Mais rien, aucune d‘elles ne lèvent le petit doigt. Au contraire, elles frappent de plus en plus fort jusqu’à l‘adolescence. Une photo est envoyée sur les réseaux sociaux. Une photo d‘une jeune fille nue. Cette fille-là, c‘est Scarlett. Alors l‘enfer grandi. Elle est critiquée, jugée, épiée par toutes ses anciennes amies. Ses sœurs de l‘enfance. Et les insultes se propagent tout comme les rumeurs. „Salope !“ „Grosse pute !“. Les filles jugent son corps, son apparence et sa façon d‘être. Les garçons disent qu‘ils aimeraient se la faire. Personne ne pense à ce que Scarlett ressent à ce moment précis. Elle change d‘école en pensant que le harcèlement cessera mais les réseaux sociaux vous poursuivent. Aucun moment de répit pour Scarlett. Ce n‘est qu‘un jeu pour les autres filles et puis vaut mieux que se soit elle, qu‘une autre ! Après tout, c‘est l‘ordre hiérarchique.

Les filles ça se sert les coudes face à notre société, non ? Mais alors, notre féminisme se serait perdue ?

Ce qui est intéressant dans ce texte, c‘est qu‘Evan Placey a choisi de donner la parole qu‘à un seul personnage. Ce personnage c‘est le groupe des autres filles. Cette voix unique qui juge Scarlett coupable de n‘être que Scarlett. Ou peut être que ce groupe de filles n‘ont jamais voulu savoir pourquoi elle l‘avait choisie. Scarlett s‘est toujours assumée, elle a fait preuve de caractère et elle leur a fait face. La jalousie s‘est toujours moche vue de près.

Ces filles-là est un texte important sur la condition féminine et sur le féminisme passée et contemporain. Il nous interroge sur notre intolérance silencieuse et sur notre société patriarcale.

Une pièce nécessaire !

Ces Filles-là d’Evan Placey

Traduit de l’anglais par Adélaïde Pralon.






Au loin les oiseaux est un faux huis clos qui se focalise sur l‘affaire de Jacqueline Sauvage. En 2012, elle abat son mari de sang froid après avoir été battue et violentée pendant près de 47 ans . A l‘époque, deux camps s’étaient formés ceux qui disaient que Jacqueline Sauvage était courageuse d‘avoir supporté autant et les autres qui la traitaient de meurtrière et de s‘être tue après tant d‘années. Alors qui croire ?

Dans ce texte, Manon Ona choisit de faire parler ceux et celles qui jugent dans l‘ombre, les juré.e.s qui ont été tiré.e.s au sort par la cours d‘appel. Quatre femmes et quatre hommes. Ceux et celles qui n‘ont pas choisi d‘être là, ceux et celles qui pensent pouvoir faire changer les choses et les autres qui veulent que tout se termine vite et bien. Des gens comme tout le monde qui pourraient être vous ou moi.

Être juré dans une célébre affaire judiciaire, ça peut être excitant comme pour Jacques, le retraité, fou amoureux de sa femme Eleonor. Le jour oû il ouvre le courrier de convocation pour lui c‘est comme un cadeau. A l‘encontre de Jérôme qui juge cette affaire comme une perte de temps pour lui et surtout qui en a marre d‘être appelé pour juger des affaires sordides. Il y a Josette qui entrevoit une porte de sortie pour son amie Stef, victime de violences conjugales ou Claire la fausse jeune militante qui tutoie tout le monde et qui en a marre des injustices,

Des hommes et des femmes comme tout le monde mais à qui on a donné la responsabilité de dire si Jacqueline Sauvage est coupable ou non.

L‘écriture est intéressante, les portraits narratifs de chaque individu sont très journalistique et donnent un ton parfois humoristique aux quotidiens de chaque personnage parfois triste et solitaire. Nous assistons jamais au procès, il y a juste des „flash info“ narratifs qui nous rappelle l‘histoire.

Au loin les oiseaux est une expérience citoyenne qui permet à chacun de se confronter à la douleur, au groupe, à sa culpabilité, à la société et d’assumer de choisir le destin d‘un autre.

Au loin les oiseaux de Manon Ona






Une partition courte mais qui évoque de nombreux thèmes omniprésent dans notre actualité. Fondre conte l’histoire d’un groupe d’adolescents qui veulent passer dans un autre pays.

Guillaume Poix choisi cette métaphore pour parler des conditions souvent terrible de la situation du migrant. Ces adolescents font le choix de passer en premier lieu par des containers et ensuite de rejoindre le pays choisi par la banquise. Le problème ? Les conditions. Le chaud et l’étouffement des containers font place au froid glacial. Alors que faire ? Les adolescents choisissent de marcher mais la glace se rompt et chacun est prisonnier sur son bloc de glace. Et où sont Jonas et Sofia ? Ils ne répondent plus. Où est la Lune ?

Outre la question de la migration, Guillaume Poix évoque le changement climatique avec cette glace qui tout le long du texte n’arrête pas de se déchirer, de se disloquer et de couler.

Un texte minimaliste, sans aucun pathos mais d’une grande force.

Guillaume Poix a reçu le Prix Godot du Festival des Nuits de l’Enclave 2018

 

Fondre de Guillaume Poix 

Editions Théâtrales 

Prix : 6 euros






Un texte construit dans le mouvement d’un roulis, de la houle et d’une tempête. Un texte qui commence innocemment dans la queue d’une boulangerie. Et puis, un dialogue celui d’un enfant, Jacques, qui interroge sa mère sur la mort. “Maman, est-ce qu’un jour, moi aussi, je vais mourir ?” Que répondre à cet enfant, faut-il lui dire la vérité et ne pas l’épargner ? La mère décide de lui mentir pour le préserver. Ce mensonge sera le commencement de cette bourrasque, qui prendra tour à tour cette famille. Un texte qui parle de la vie et des moments les plus intimes et les plus difficiles que l’humain peut rencontrer. Avec dans cette vague, les thèmes fondamentaux : la mort, la maladie, la vieillesse, la peur de l‘avenir et la douleur du monde. Un texte intime donc, qui peut parfois perdre le lecteur avec ses multiples thèmes. Malgré l’écriture poétique, il est parfois difficile pour le lecteur, de percevoir vers où l’auteur veut nous mener et surtout vers quelle image. Un texte organique qui pourrait être adapté pour une chorégraphie de danse contemporaine, par exemple.

Pour le moment, le texte n’a pas été adapté pour la scène.

« Et puis le roulis » de Milène Tournier.

Sortie le 10 septembre 2018.

Editions Théâtrales

Pour l’achat et pour en savoir un peu plus sur l’ouvrage et l’auteur 

Prix : 8 euros.






“Le Roi des Singes, le secret des immortels”, nous raconte la légende populaire chinoise de Sun Wu Kong, librement adapté de l’ouvrage “La pérégrination vers l’Ouest » de Wu Cheng’en. L’histoire d’une montagne de pierre qui aurait accouché d’un oeuf de pierre. De cet oeuf est né, un singe flamboyant avec des mains de pierres. Mais ni le Soleil et ni la Montagne ne lui donnent de nom … Alors, il décide de partir à la recherche de son identité. Durant cette quête, il croise des centaines de singes qui lui proposent un défi : Franchir une énorme Cascade. S’il réussit, ils lui donneront un nom sinon il devra partir. Alors notre héros, ne se dégonfle pas et il franchit l’énorme Cascade sans aucune difficulté. Les autres singes, stupéfaits, décident de le baptiser : Beau-Singe-Roi. Les années passent, il vit dans la joie et le partage avec son peuple dans la Grotte-au-Rideau-Torrentiel. Mais une larme vient se poser sur sa joue et une peur l’envahie. La peur de disparaitre et de mourir. Alors le Beau-Singe-Roi décide de mener une autre quête : La quête de l’Immortalité.

J’ai pris énormément de plaisir à parcourir les pages de ce très bel album jeunesse. Je trouve que c’est courageux d’avoir pris une légende chinoise et de l’avoir adaptée pour le lecteur jeunesse occidental. C’est un peu le thème principal de la jeune maison d’édition d’Emmanuelle Lê, apporter un regard nouveau sur les mythologies du monde. Sur “Le Roi des Singes, le secret des immortels”, le pari est plutôt réussi, aussi complexe que soit cette légende, l’équipe des Editions Aleph ont réussi à lui donner une dimension poétique et épique en toute simplicité. Les illustrations sont colorées et élégantes me faisant penser tour à tour à la conception scénaristique des dessins animés mais aussi esthétiquement aux jeux vidéos comme Rayman. Le héros principal est fascinant et c’est un vrai plaisir de le suivre dans ses quêtes au fil des pages. Les thèmes abordés sont à la fois très actuels et universels car nous retrouvons les questions sur la recherche d’identité, mais aussi la peur de vieillir, de mourir, du futur et une sensibilisation à la nature.

Seul petit bémol : L’âge (ä partir de 5ans). Pour les illustrations oui, les dessins sont fins et très colorés donc les petits de 5ans vont être intéressés. Mais, j’ai trouvé que le vocabulaire était un peu trop compliqué pour que les enfants comprennent les personnages et l’histoire. D’autant plus qu’un enfant de 4-5ans est vite déconcentré et l’histoire est un peu longue. Si je devais reprendre ma casquette de libraire, je le conseillerai plus pour des petits à partir de 7ans.

Mais dans tout les cas, je vous recommande de mettre Le Roi des Singes , le secret des immortels” sur vos listes de noël. Afin de vous ouvrir au monde et rendre curieux vos enfants sur les légendes et les mythes méconnus  des autres continents.

 Le Roi des Singes , le secret des immortels

Emmanuelle Lê  (auteur) et Gabrielle Berger (illustratrice)

Aleph Editions 

16 euros 90.

Pour commander : Aleph Editions 






Il m’a fallu des mois avant d’écrire quelques mots sur le texte de Bernie Bonvoisin, comment donner un avis sur un livre si humain et si vrai. Il est dur pour moi de le raconter et de trouver les mots justes pour vous donner envie de le lire.

Ce livre c’est tout d’abord un hurlement, celui de la colère. Le regard d’un occidental qui a décidé d’éteindre son poste de Tv et qui s’est levé de son canapé car il en a eu marre. Marre d’être le complice de toute cette aberration. Marre de regarder des gamins mourir alors qu’ils ne sont que les victimes de la machination des vrais terroristes, ceux qui manigancent avec l’argent, les fameux chefs d’états et autres dictateurs. Ces mêmes hommes qui jouent une partie de Risk ou une partie de Bataille navale en se foutant des dommages colatéraux qu’ils causent ….

Bref, Bernie Bonvoisin, il a décidé d’y partir, d’aller à la rencontre de ces réfugiés juste pour aller aider et faire quelque chose … puis cracher sur le papier sa haine du système. Le vocabulaire  y ait cru et il ne ménage pas du tout son lecteur.

Ce livre c’est aussi un hurlement de désespoir, car ces gamins syriens ils ont ces regards tristes, certains sont perdus, certains ont grandit trop vite et mourront dans la même cadence et d’autres essayent de relever la tête.

Dans le gouffre on y trouve de la lumière : l’espoir. Certains espèrent qu’un jour ils pourront regagner leur Syrie … On retrouve la jeune Chayma, 11 ans qui a décidé d’écrire à la secrétaire de l’ONU pour lui signaler qu’ils existent et qu’ils attendent ! Certains ont des rêves d’enfants comme de devenir comédien pour Marouane l’enfant esclave ou Sally qui aimerait être la nouvelle Rihanna ou Beyonce.

Un témoignage déchirant de vérité et qui ne peut laisser insenible … mais après que reste t-il …

Après plusieurs mois, je l’ai laissé de côté ce livre. Et j’ai pris du recul … Bernie Bonvoisin est rentré en France il y a de nombreuses années et tous ces enfants que sont-ils devenus ?  C’est honorable d’y partir et d’essayer de montrer aux occidentaux -bourreaux ce que notre ignorance a causé … mais c’est quoi le après ? Certes, son livre permet pour certains d’ouvrir les yeux sur notre responsabilité occidentale sur cette tragédie. Mais sans vouloir lui jeter la pierre, aujourd’hui rien a changé … La politique sur les réfugiés se durcit de plus en plus, l’Europe devient de plus en plus intolérente ! Combien de Chayma et de Marouane nous laissons mourir chaque jour.

Ce monde est fou ….

 

A vous de juger






Je ne suis pas du genre à multiplier les chroniques sur les mêmes auteurs mais il est clairement difficile de passer à côté du dernier roman de Virginie Grimaldi. Alors oui, ce n’est pas le genre de roman qui dénonce ou qui parle de politique mais plutôt de bons sentiments, d’histoire de famille, avec beaucoup de tendresse, de douceur et sans aucune prétention.

Anna a 37 ans, elle est célibataire et elle vit avec ses deux filles Chloé 17 ans et Lily 12 ans. Un boulot pas bien payé, des factures, les huissiers qui défilent, des filles qu’elles ne voient pas grandir et un ex-mari pas très présent. Autant se l’avouer, Anna a une vie en mode VDM. Lorsqu’on touche le fond, on se dit qu’on ne peut pas aller plus bas et pourtant … son patron décide de la mettre à la porte après plus d’une dizaine années de service.

Avec  sa prime de départ , Anna pourrait couvrir toutes ses dettes… Avec le souhait fou de sa grand mère d’aller jeter les cendres de son mari en haut du Cap Nord et sa fille Llily qui lui demande de l’aider sur sa rédaction sur les aurores boréales, Anna pète un plomb. Elle décide de prendre le camping-car de son père et d’amener ses deux filles dans un road trip direction la Scandinavie. Avec cette envie de retisser les liens  et de se retrouver soi. Créer une parenthèse enchantée juste un instant.

Dans cette quête, elles rencontreront plusieurs personnalitées hauts en couleurs digne de belle comédie cinématographique.

Comme toujours, Mme Grimaldi, vous m’avez fait passer un moment exquis et je vous en remercie ! Entre émerveillement des paysages cités, rire avec une jolie mention pour le personnage de Lily et émotions avec tous les sujets abordés.

Alors chère Virginie, c’est quand que nous voyons cette histoire sur grand écran ? Si je devais mettre une note, je vous donnerai 5 étoiles 🙂

A vous de voir ^^